Homéopathie, Paracelse, Jung et synchronicités

Né le 10 novembre 1493 en Suisse (décès le 24-09-1541 à 47 ans), Paracelse était à la fois chercheur iconoclaste, médecin novateur, chirurgien occasionnel, philosophe mystique ou plutôt "gnostique" comme le qualifie Jung dans son livre1. Il était chrétien revendiqué, alchimiste, naturaliste, imprégné de savoirs venant de partout, de l’astrologie, de l’église, des alchimistes, de la vox populi, des traités juifs et arabes, toujours préoccupé par le mystère de la nature, de la théologie, de l’origine de l’âme, du ciel, de la cosmogonie, de mille et mille choses. C’était un esprit à la fois fécond avec parfois des fulgurances lumineuses mais surtout et souvent un être acharné contre la médecine de son temps, contre Galien, Avicenne, Rhazes, contre les universités scientifiques, leurs enseignements, leurs pratiques avec des commentaires provocateurs, des arguments confus, sans queue ni tête.

D’abord dit-il, le médecin doit avoir des connaissances en alchimie et faire l’analogie entre les maladies humaines et les maladies des métaux sans préciser en quoi consiste cette analogie.                                                                                                                                                                          

Il doit aussi être un philosophe au sens alchimique du terme et comprendre qu’il y a deux mondes mystiques, l’un concerne la terre et l’eau, il s’agit de la science alchimique qui enseigne les propriétés des choses terrestres, l’autre englobe l’air et le feu, c’est l’astrologie symbolique et mystique de son temps. Etre philosophe, c’est connaitre la magie de la matière, c’est éprouver intuitivement sa lumière cachée ou pour mieux dire, c’est ressentir par illumination sa nature mystique. 

Paracelse dit qu’il y a une correspondance entre le ciel astrologique et le "corpus firmamentique" du malade, son ciel intérieur, là où se situe sa partie souffrante, là où se trouve son méridien, son orient, son occident, affirmations toujours soutenues avec force persuasive mais toujours avec un vocabulaire alambiqué. Pour lui, "l’étiologie, le diagnostic, le pronostic, la thérapie, la pharmacologie, et la préparation des remèdes se trouvent toutes en relation étroite avec des données astrologiques."2 Le médecin doit donc connaitre l’influence thérapeutique et alchimique des astres sur les maladies, savoir que ce "qui va au cerveau y est conduit par la Lune, ce qui va à la rate y est conduit par Saturne, ce qui va au cœur y est conduit  par le soleil…"3 et ainsi de suite.

En fait, toute la pratique, tout le savoir et toutes les croyances de Paracelse relèvent de deux sources : la lumière de la nature et la lumière de la révélation, les deux fondées en Dieu en qui se trouvent les racines de la vérité.                                                                                                          

La lumière de la nature vient, selon lui, du contenu spontané émanant de l’objet observé, c’est le savoir immédiat que puise le regard du connaissant inspiré, c’est l’émané divin de la matière.                     

La lumière de la révélation, presque pareille, donne la vision globale des choses, elle dit la réalité du tout, elle donne à percevoir l’unité englobant l’homme, le cosmos, la médecine, l'astrologie, la magie, l'alchimie et l’ordre divin.

Concernant la parenté entre sa conception de la maladie et l’homéopathie, l’on peut seulement noter que Paracelse adhérait à l’ancienne théorie des signatures, par exemple qu’une "plante dont les feuilles ont la forme d’une main est censée être efficace contre les maladies des mains."4 Il évoquait le principe du similia similibus d’Hippocrate : "les semblables guérissent les semblables" mais il le pratiquait mal et de façon grossière, indiquant par exemple que le fiel de bœuf traite les cirrhoses du foie en raison sommaire de leur couleur semblable. Il reste à son crédit d’avoir utilisé incomplètement ce principe thérapeutique alors méconnu qui sera découvert et réhaussé trois siècles plus tard par Samuel Hahnemann. Pour précision, je rappelle que Paracelse prescrivait une substance-vrac pour traiter toute pathologie ayant le même aspect-vrac alors qu’en homéopathie, il faut prescrire une dilution-subtile pour traiter des symptômes-subtils nettement individualisés du malade.

Au total, Paracelse fut un grand savant pour son époque, notamment pour ses expériences alchimiques qui ont, plus tard, conduit à la chimie moderne. C’était un chercheur brillant, passionné, novateur, mais aussi brouillon, éparpillé, querelleur.

Né le 26 juillet 1875 en Suisse (décès le 6-06-1961 à 85 ans) Carl, Gustav Jung était médecin psychiatre, chercheur, auteur de nombreux livres et penseur influent. Il a beaucoup étudié les religions, la philosophie, la sociologie, la psychologie des profondeurs et aussi l’énigme de la simultaniété. Ou plutôt la "coincidence signifiante entre deux ou plusieurs événements impliquant autre chose que la simple probabilité du hasard."5Parmi ses exemples, il rapporte que, au cours d’une consultation, une dame lui dit avoir rêvé que quelqu’un lui faisait cadeau d’un scarabée d’or : "alors quelle n’avait pas fini de me raconter ce rêve, j’entendis derrière moi quelque chose qui frappait légèrement à la fenêtre. Me retournant, je vis que c’était un assez gros insecte ailé ][ ...J’ouvris la fenêtre, et j’attrapai, en l’air l’insecte qui entrait en volant][ ...c’était un scarabée d’or. Je tendis l’insecte à ma patiente en lui disant : le voilà, votre scarabée."6 Ce phénomène comme le sentiment de déjà vu, la clairvoyance, la télépathie, etc., l’on amené à étudier avec J.B. Rhine la notion de coincidence, à faire des statistiques sur les perceptions extrasensorielles, à noter les conditions psychiques favorisantes…, sans qu’une explication rationnelle ne puisse lui livrer un début de compréhension. La cause de ces phénomènes est restée défaillante dit-il, sans lien causal. Jung conclue alors que le "seul lien que l’on puisse connaître et constater entre eux, c’est la communauté de sens (ou une analogie de nature). La synchronicité, c’est la forme spécifiquement moderne qu’a prise le notion périmée de correspondance, de sympathie, d’harmonie". Et plus loin "les phénomènes de synchronicité attestent l’existence, dans la simultaniété, d’une analogie dans l’ordre du sens entre des  processus hérétogènes dépourvus de lien causal… Il faut en conclure soit que la psyché n’est pas localisable dans l’espace, soit que l’espace est une donnée relative par rapport à la psyché."7 Voilà qui va au cœur de l’homéopathe parce qu’en effet, l’homéopathie, comme je le montre dans tous mes écrits, est une science des analogies secrètes qui, elles, livrent un sens. Exemple, cette dame, après une violente altercation, souffre d’élancements au front, fortement aggravés le matin, en marchant, en buvant du vin, pendant les règles. Au plan rationnel, rien n’explique ces modes d’aggravation. Au plan des analogies secrètes, il y a un lien : le matin sort de la nuit, la marche est un mouvement extérieur, le vin déplace l’esprit, les règles sont un écoulement dehors, toutes les modalités disent une même chose : une sortie, ici une colère, une mise hors de soi, un sens. Le lien causal est invisible lui même, il est visible par ses manifestations. Exactement comme cela est dit dans les écritures : le non-manifesté précède le manifesté. Ainsi, comme le pressent Jung, le sens est posé par une instance située, au delà du mental, dans un espace non localisable. Et pour l’homéopathe, derrière les synchronicités, il y a toujours une signification essentielle et éclairante souvent inaperçue mais toujours présente.

Concluons. Paracelse a ouvert bien des liens entre alchimie et astrologie, alchimie et religion, alchimie et philosophie, et psychologie, et la nature, et le cosmos, et Dieu, et mille et mille autres choses. C’était à la fois un esprit universaliste, éclairé, précurseur malgré son côté obscur, vindicatif et souvent approximatif dans ses écrits. Il a néanmoins influencé bien des approches, celles de Fulcanelli en alchimie, plus tard Jung et ses études sur la synchronicité, peut-être aussi, sans que l’on puisse l’affirmer faute de témoignages, Samuel Hahnemann, le père de l’homéopathie. Hommage à eux.

                                                                                              Décembre 2025


1 JUNG Carl Gustav : Synchronicité et Paracelsica – Albin Michal, 1981, page 128

2 Ibid ., page 149

3 Ibid., page 132

4 Ibid., page 132

5 Ibid., page 265

6 Ibid. page 270

7 Ibid., page 277

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