Homéopathie et localisation de la conscience

Il ne se passe pas une semaine sans nouveau livre sur l’origine de la conscience : est-elle une production du cerveau ou est-elle une immanence venant hors du cerveau ? Le débat oppose des scientifiques de très haut rang avec forts arguments des uns et des autres.

Les neuroscientifiques matérialistes cherchent à établir que la conscience émerge de la matière cérébrale, d’une activité résultant de l’union interactive de plusieurs régions et processus cérébraux. Notamment les neuroscientifiques français Stanislas Deheane, Lionel Naccache et Jean-Pierre Changeux, après avoir montré, par imagerie, des changements neuronaux visibles en même temps que la prise de conscience, veulent aller plus loin et étudier comment la conscience surgit de l’activité des cellules du système nerveux. Bien d’autres théories sur le sujet : Giulio Tononi soutient que la conscience vient d’une sorte de synthèse de plusieurs informations préalables issues du cerveau, Michael Graziano dit que la conscience advient d’un mécanisme neurologique qui transforme une perception en une pensée consciente, Gerald Edelman, Antonio Damasio, Francisco Valera, pareil, expliquent qu’une amplification des réseaux neuronaux précède la manifestation de la conscience..., tous donnent la primauté à une fonction neuronale avant l’émergence de la conscience.

Les physiciens quantiques, à l’inverse, sortent peu ou prou du cadre matérialiste et avancent des propos novateurs et hardis. Deux exemples :                                                                                                

   - David Bohm (1917-1992) scientifique mondialement connu, philosophe, humaniste, formule qu’un ordre implicite caché sous-tend tout l’univers et que le monde visible relève d’un ordre explicite dépendant de l’observateur, c’est à dire de ce que perçoit celui qui regarde. Pour Bohm, l’observateur et son objet d’étude sont les perceptions explicites d’un ordre implicite. Or, ce qui est manifeste et explicite n’est qu’un infime partie de ce qui reste replié, implicite. De plus, ce qui est déplié dans l’ordre manifeste peut se replier dans l’ordre implicite puis se déplier à nouveau impliquant chaque fois l’observateur et l’objet de son étude. Ainsi, se tient pour Bohm, le mouvement fondamental de notre existentielle perception : un incessant dépliement et repliement. Bien sûr, il ne s’agit pas d’un repliement et dépliement comme une couverture que l’on déroule et enroule, c’est beaucoup plus subtil et fondé sur de puissants formalismes mathématiques inaccessibles aux profanes dont je suis. Ainsi posé, précisons que pour Bohm, le monde manifesté, perceptible et mesurable n’est qu’une projection, un déroulement partiel et fragmenté d’un ordre implicite ultime et cette "manifestation ou cette projection se réalise selon un processus par lequel les particules subatomiques se "dissolvent" sans cesse dans l'ordre implicite pour ensuite se "cristalliser"dans l'ordre explicite."1 Et comme pour Bohm, chaque particule subatomique est en contact avec les autres particules, chacune contient à la fois un fragment de la réalité et des informations sur chacun des autres fragments de toutes les autres particules, Bohm toujours, peut avancer que chaque élément du monde, chaque contenu corpusculaire renvoie à la structure de l’univers tout entier. Au total, chaque structure subatomique implique, en elle-même, un monde replié, implicite et un fragment déplié, explicite en rapport avec le mode de voir de chaque individu, un mode de voir qui est, pour chacun, la réalité2. Certes mais est-ce là que se situe la conscience ? Non, car nous sommes encore sur le terrain matériel, une base infime, subatomique mais une base bien physique. Bohm reste cependant ouvert : "on finira peut-être par découvrir quelque autre source d’énergie mais on peut présumer que celle-là à son tour flotterait dans une source encore plus grande et ainsi de suite. Il est implicite que la source ultime ne peut être mesurée et ne peut être saisie à l’intérieur de notre connaissance. C’est donc une suggestion générale. C’est plutôt ce que laisse entendre la physique contemporaine et ce laisser-entendre a été évité en disant que nous considérons surtout les équations et que nous ne calculons que ce que nos instruments peuvent faire et jusqu’à quel point nos instruments seront efficaces selon ces équations"3. Et ceci encore "la conscience est notre expérience la plus immédiate de l’ordre implicite. On peut penser à des réseaux de conscience de plus en plus fins, ou à la capture d’aspects finis de l’ordre implicite. Je pense qu’il y a une intelligence [dans l’univers] qui est implicite, une sorte d’intelligence qui se déploie. La source de l’intelligence n’est pas nécessairement le cerveau, mais bien plus le déploiement de l’ensemble. Quant à savoir si vous voulez ou non l’appeler Dieu, cela dépend de ce que vous entendez par ce mot. Le fait de le considérer comme un Dieu personnel pourrait le restreindre, d’une certaine manière". Bohm dit qu’en dernier lieu existe un contenant inexplorable, ascientifique, mystique : le monde de l’indéfinissable conscience et de la foi. Retenons que pour lui, la conscience est extracorporelle.   

   - Emmanuel Ransford, chercheur quantique, polytechnicien et conférencier, défend l’idée que la matière est faite d’un étage physique et d’un étage psychique. Déjà, en 2007, dans La nouvelle Physique de l’Esprit, il écrivait que "tout fragment de psychomatière est la juxtaposition de deux parties, le "phi" et le "psi"][... En général le psi est endormi (il est latent). C’est ce qui le rend si discret. Mais parfois, il se réveille. Alors, il devient actif et manifeste sa présence. Il s’illumine et devient une authentique lueur de conscience"4. Une lueur de conscience des plus élémentaires, c’est à dire avec un pouvoir d’initiative très rudimentaire mais réel comme cela se vérifie lors de l’expérience de Young au cours de laquelle les particules choisissent de se présenter sous forme de rayonnement ou de corpuscule selon qu’elles sont observées ou non. Ransford poursuit sa démonstration en avançant que la psychomatière répond ainsi à deux commandements ou à deux causalités, un phi exo-causal (la cause vient de l’extérieur, exemple lors d’une connexion obligée avec d’autres particules, elle est suivie d’un effet) et un psi endo-causal (la cause vient de l’intérieur, elle est endogène, elle relève d’une volonté libre, exemple le choix d’apparaître sous forme ondulatoire ou corpusculaire dans l’expérience de Young, elle est suivie d’un effet). Ransford dit encore que le "psi" endormi ou latent est un bouton de vie, que le "psi"réveillé devient une fleur de vie, que d’innombrables fleurs de vie forment une fleur de conscience, etc. ; pour lui, en simple, la matière subatomique n’est pas faite d’une structure inerte, elle contient aussi une part psychique qui la rend autonome et libre.

Bien. Que dit l’homéopathie ? Que les symptômes individuels sont exprimés par une instance éclairante que les homéopathes appellent substance vitale et que l’on peut nommer Surconscience Universelle. Prenons appui sur un cas clinique déjà présenté : Fanny, 35 ans, souffre de maux de tête depuis deux ans. Elle dit avoir des élancements au front dès le matin ; ils augmentent au moindre bruit, à la lumière et lorsqu’elle s'active ; ils apparaissent aussi après des contrariétés, au moment des règles et quand elle boit du vin. Les douleurs viennent progressivement et, pareil, disparaissent progressivement. Les élancements s'apaisent lorsqu’elle s’allonge au calme. Les médicaments classiques n’ont apporté aucun répit. Tout cela est arrivé après une violente colère.                                              En homéopathie, pour discerner le sens de ce mal, il faut regarder les migraines de Fanny à travers le dénominateur commun de tous ses symptômes individuels. C’est de cette manière que l’on accède au sens suprême des symptômes, au langage du corps, à l’entendement. Chez Fanny, il y a une mise hors d'elle-même derrière chaque signe personnel :

                  - elle souffre d'élancements, de coups qui sortent par le front.

                  - elle est aggravée par tout ce qui symbolise une sortie, une mise hors de soi : le matin qui sort de la nuit, le mouvement qui pousse à l'action, le vin qui déplace la conscience, les règles qui s'expulsent ; bien sûr aussi par le bruit et la lumière qui ajoutent à l’ébranlement- déplacement intérieur.

                  - elle est améliorée par tout ce qui symbolise un retour vers elle-même : le repos, le calme.

Le dénominateur commun de tous les symptômes individuels est une mise hors de soi et cela répond exactement à Bryonia, remède, entre autres, des colères exprimées.

D’où viennent ces symptômes ? Comment naissent-ils ?  Quelle instance leur confère un sens en utilisant des sensations subtiles et conformes tout à la fois à la tête, au corps, au matin du monde, au mouvement de la vie, au moment des règles, en prenant du vin ? D’un inconscient personnel? D’une intelligence inaperçue? D’une présence en éveil?

La réponse est simple et sublime. Tous ces symptômes relèvent d’une instance hors du corps et en le corps, une instance hors du corps qui utilise une expression universelle pour exprimer un désaccord individuel (exemple le matin, temps universel devient moment d’aggravation, lors d’un désaccord personnel) et aussi une instance dans le corps pour dire l’aggravation par le bruit, le mouvement, les règles, le vin… Une instance qui est donc connaissance universelle hors du corps et intelligence dans le corps à travers les symptômes individuels, une instance qui est enseignement, présence, conscience. La science homéopathique affirme ainsi, parce qu’elle repose sur le contenu signifiant des signes individuels qu’il existe une immanence hors du corps et dans le corps, une surconscience infaillible, une présence invisible elle-même mais perceptible par ses manifestations.

                                                                      Juin 2026


1 C’est la réponse de Bohm à cette question de Weber : qu’est-ce que le modèle holographique du cerveau ou de la conscience et comment diffère-t-il des concepts actuellement admis…(extrait Wikimedia) 

2 La réalité est ce que ce que nous prenons pour être vrai                                                            Ce que nous croyons est fondé sur nos perceptions.                                                                          Ce que nous percevons dépend de ce que nous recherchons.                                                                  Ce que nous recherchons dépend de ce que nous pensons.                                                               Ce que nous pensons dépend de ce que nous percevons.                                                                           Ce que nous percevons détermine ce que nous croyons.                                                                   Ce que nous croyons détermine ce que nous prenons pour être vrai.    
Ce que nous prenons pour être vrai est notre réalité.                                                                      ( (propos de Bohm sur la réalité)                                                                                     

3 Idem : entretien Bohm /Weber (extrait Wikimedia ) 

4 Ransford Emmanuel : La nouvelle physique de l’esprit - Editions le Temps présent – 2007, page 130-131

 

 

 

 

 

 

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