Homéopathie, espace/temps, cycles et âme

          

  Je reprends ici de forts larges extraits d’un chapitre de mon livre "Homéopathie et Physique Quantique1. J’écrivais que espace et temps sont unifiés, qu’ils sont la marque et le prolongement d’une surnature qui a toujours fasciné les hommes.

Par exemple, pour les Mayas jadis, le temps est mythique, il comporte des cycles terrestres et célestes que des prêtres hautement qualifiés interprétaient et consignaient dans de multiples calendriers prophétiques.

Chez les maîtres soufis d’autrefois, le temps est cyclique avec des cycles millénaires dualisés : un cycle d’occultation suit un cycle de révélation suivi lui même d’un cycle d’occultation et ainsi de suite jusqu’à la fin des temps. Le temps exprime ainsi une sorte de respiration étalée sur des millénaires, un souffle avec un inspir et un expir en lesquels se déploie une conscience surnaturelle vers laquelle l’homme de foi doit se tourner pour s’éveiller.

Pour les sages de la Haute Egypte, le temps est médecine il se fractionne en Neter favorables, c’est à dire en fonctions vitales bénéfiques qui agissent à des heures précises : «chaque heure du jour, en chaque mois de chaque période saisonnière a son Neter, parce que chacune de ces heures a son caractère propre…; chaque moment essentiel peut être désigné par un nom : le nom du Neter».2 Et ainsi de suite, à travers l’histoire des hommes, les insaisissables attributs du temps et le contenu secret de l’espace, ont donné lieu à nombre de rituels et de croyances, parfois à de superbes inspirations et à de vraies connaissances. De nos jours, si le temps n’est plus, lui même, célébré comme une émanation divine, il y a, néanmoins, un petit temps et un petit espace réservés au sacré, il y a des lieux et des heures de prières où temps et espace sacrés sont un peu unifiés. Hors de ces lieux, du moins en occident, le temps et l’espace sont profanes. Notamment chez nos scientifiques. Eux, ont pris le parti d’écarter toute notion de sacré dans leurs calculs, et de fait, ils ont prouvé mathématiquement l’unité de l’espace/temps sans introduire de croyance dans leur équation, ils ont démontré l’action de la force de gravitation, de la force électromagnétique, de la force nucléaire forte, de la force nucléaire faible, etc., ils ont construit de magnifiques formalismes et, pour ce faire, ils ont dû bannir toute forme de spiritualité. Est-ce un progrès ? C’est en tout cas une façon objective de considérer, une attitude rigoureuse qui s’interdit l’impossible pour s’atteler au réalisable. Mais la question reste et elle est immense parce qu’elle interroge sur la nature du progrès spirituel à accomplir, sur la façon de l’éprouver, de le voir grandir en soi et de le prolonger à travers nos réalisations communes, personnelles matérielles, spirituelles et autres.

Voyons maintenant s’il y a des points communs entre l’espace/temps des scientifiques et l’espace/temps des homéopathes.

Un petit rappel pour commencer. Dans l’espace/temps des physiciens, l’infiniment grand est fait de milliards de galaxies, d’innombrables planètes, d’indénombrables étoiles et toutes ces formations, assez bien localisées, flottent, gravitent ou tournent dans un incommensurable vide pourvu, lui, de seulement quelques particules, de quelques trous noirs, de quelques poussières interstellaires. Pour nos scientifiques, le vide spatial est dénué de toute présence vivante, de toute conscience, de toute instance signifiante. Leur grand espace/temps est courbé par la gravitation et le temps y est limité à la vitesse de la lumière. Dans l’infiniment petit, les choses diffèrent, les particules, indéfinissables, ni corpuscules, ni ondes, ne sont pas localisables sauf en cas de mesure, elles sont corrélées, par un lien instantané et immatériel, dans un tout indivisible où temps et espace sont intriqués.

 L’espace/temps homéopathique quand à lui, se présente d’une part, avec un espace corporel limité en lequel s’affichent des symptômes subtils posés notamment par une instance absolue qui parle la langue des correspondances secrètes, d’autre part, avec un temps essentiel illimité et instantané qui aligne les moments réciproques pour remonter à la cause princeps de l’affect.

Comparons d’abord l’espace/temps homéopathique et le grand espace/temps physique, nous ferrons plus loin la comparaison entre l’espace/temps homéopathique et l’espace/temps quantique.

Entre l’espace/temps homéopathique et le grand espace/temps physique il y a des différences et des points de similitudes : une des différences est que le grand espace/temps physique se présente avec un espace infini et un temps défini alors que, dans l’espace/temps homéopathique, c’est le contraire, l’espace corporel est fini alors que le temps essentiel n’a pas de limite. Mais la très grande différence est que l’infiniment grand espace physique est muet pour nos savants et sans instance signifiante alors que le monde homéopathique implique une instance signifiante. Les petits points de similitude relevables sont que le grand espace/temps physique et l’espace/temps corporel sont animés et répondent à une semblable expansion, le corps grandit comme le grand espace grandit, avec aussi, dans les deux cas, de multiples régulations spontanées et inexplicables, par exemple la course inexplicable des galaxies en physique, la stabilité inexplicable de la température centrale pour le corps humain. Les analogies s’arrêtent-elles là ? Non si l’on considère les enseignements des sages qui accordaient jadis, au grand espace/temps physique, un contenu d’ordre spirituel. Ainsi, les cycles ismaéliens de révélation et d’occultation posés sur des millénaires ont bien une réalité : historiquement il y a bien eu, pendant plusieurs siècles l’avènement des prophètes et des grands initiés qui ont expliqué les fondements de l’élévation spirituelle, le sens de la connaissance révélée, la présence du subtil en toute chose, de l’immatériel princeps, du non manifesté qui précède le manifesté puis, depuis la civilisation grecque, une grande ère d’occultation où le rationalisme a courbé l’homme sur le plein, sur le concret, sur la matière, le séparant de sa dimension spirituelle. Donc, une ère de révélation suivie d’une ère d’occultation puis à nouveau une ère de révélation et ainsi de suite en un grand cycle cosmique. Cette alternance de cycles serait ainsi le souffle d’une respiration cosmique, elle même manifestation d’une instance prodigieuse qui participe, silencieusement, à l’élévation de la conscience dans toute l’existence, homme compris. Assurément, ce souffle cosmique existe mais son œuvre, inapparente pour la plupart des hommes, commande, pour être perçue, un regard qui couvre d’un seul tenant plusieurs millénaires du temps, un regard accessible aux seuls très grands maîtres.

A plus petite échelle, qu’en est-il des similitudes entre espace/temps homéopathique et espace/temps quantique ? J’ai déjà montré, ailleurs, la proximité des deux sciences :

  • l’homéopathie s’exerce avec des remèdes totalement immatériels qui possèdent, chacun, un génie ou empreinte propre faite de deux contreparties spécifiques et parfaitement réciproques. Chaque empreinte de remède correspond ainsi à une spirale de Moebius où chaque spire est corrélée à la spire opposée. Chaque remède homéopathique produit, lorsqu‘on l’expérimente sur des sujets sains, des symptômes multiples qui ont tous une racine commune immatérielle : c’est leur empreinte commune invisible. Au cours de la maladie, une instance immatérielle distribue l’empreinte de la maladie, à travers des signes et des symptômes individualisés dans le corps et dans l’esprit, elle exprime ainsi la raison d’être, le sens de cette maladie (qui relève souvent d’un vécu désaccordant). Au total, l’empreinte de la maladie est complètement immatérielle, elle est «suspendue» à chaque signe, elle est faite de deux spires corrélées, elle est partout dispersée dans le corps et dans l’esprit de l’individu atteint, elle se signifie seulement lorsqu’un observateur veut bien la percevoir. Une instance immatérielle hors temps et hors espace utilise l’espace corporel, l’espace mental et le temps essentiel pour signifier l’affect et l’empreinte en cause.
  • La physique quantique montre que les électrons n’ont pas de charge propre, pas de masse propre, ils sont quasi immatériels, ils existent à plusieurs endroits simultanément comme "suspendus" sur plusieurs atomes, ils sont corrélés par un lien instantané et totalement immatériel, intriqués à vie dès leur premier contact, ils figurent un tout indivisible même s’ils sont à des années lumières les uns des autres, ils sont partout dispersés avant qu’un observateur ne se décide à les examiner ou à les mesurer. Dans l’espace/temps quantique, il n’y a pas de temps limité à celui de la vitesse de la lumière, pas d’espace limité entre les particules, il y a partout un lien instantané et un espace instantané, c’est à dire ni espace précis, ni temps fixe, seulement un non espace/temps ou un hors espace/temps pourrait-on dire.

Au total, aujourd’hui, la physique découvre que dans l’infiniment petit, il n’y a pas de matière solide, pas de particules, pas d’atome, pas même d’électron, seulement des probabilités de présence éphémère, il n’y a même pas d’image satisfaisante pour représenter ces localisations éphémères, il n’y rien de tangible, rien de visible, il y a seulement des relations entre présences invisibles, il y a seulement la manifestation certaine que ces présences invisibles communiquent entre elles. La physique prouve ainsi un enseignement venu du fond des âges : le non manifesté ne peut se voir lui même, il ne peut s’éprouver que par sa manifestation visible. Un enseignement appliqué en homéopathie depuis toujours et dans toutes ses lignes puisque l’empreinte d’un remède homéopathique ne peut se voir elle-même, elle ne peut s’éprouver que par ses manifestations visibles, elle est totalement immatérielle, sans la moindre particule, sans la moindre représentation, nous savons tout cela mais ce qui est nouveau et important, c’est qu’aujourd’hui, la science quantique l’établit de façon irréfutable.

La physique quantique montre aussi que la façon de regarder influence ce qui est vu, que des présences, dispersées partout et nulle part, ne deviennent perceptibles ici ou là que lorsqu’un observateur décide de les voir ici ou là. L’acte de regarder fixe ainsi le regard sur une réalité induite et non pas forcément sur la réalité première de ce qui est donné à voir. Redisons le autrement : le regard fixe et interprète la réalité qui devient alors la vérité de ce regard mais ce n’est pas forcément le contenu véritable d’une réalité irréfutable que ce regard perçoit. La réalité peut être très différente de ce qui est perçu et une réalité peut en cacher une autre. En fait, c’est l’état de conscience de l’observateur qui conditionne et interprète ce qui est donné à voir. J’ai montré ailleurs que le même cas clinique, vu selon la méthode allopathique ou selon la méthode homéopathique, donne lieu à des visions différentes. Par exemple, l’eczéma de Cyndie (voir ce cas sur mon site à la rubrique "Qui suis-je ?") et les signes de sa souffrance psychique ont, pour l’homéopathe, une même origine, une séparation parentale inacceptable et ce dénominateur commun est perceptible dans chacun des signes et symptômes qui seront effacés par un même traitement. L’allopathe n’a pas la même vision, il distingue les signes psychiques des signes physiques et appliquera un traitement distinct, l’un pour l’eczéma, l’autre pour les troubles psychiques. Ainsi, une même réalité est interprétée de façon différente. La distinction vient de la façon d’unifier ou non ce qui semble séparé, de faire la synthèse des semblables, d’aligner les manifestations apparentes derrière leur inapparente mais semblable origine. Il faut donc se laisser gagner par une conscience accrue, elle-même instruite par une instance révélatrice car, là aussi, c’est le semblable qui instruit le semblable. La physique quantique, en indiquant que la réalité perçue, est relative à l’interprétation de l’observateur, dit, en fait, que la réalité dépend de l’état de la conscience de celui qui regarde, elle exprime mathématiquement ce que les sages mystiques expliquent depuis toujours : une conscience accrue et unifiée voit un monde accru et unifié.

La découverte des interprétations de la réalité a beaucoup inspiré les hommes de science et d’ailleurs. Certains disent, encore une façon de voir, que les différentes réalités correspondent à de multiples univers, à des multivers inclus les uns dans les autres. La physique quantique le confirmera, sans doute, un jour. Signalons simplement que les grands maîtres parlent de stades de conscience, depuis la conscience minérale, animale, végétale, jusqu’à la conscience de l’homme (qui n’est pas un animal) puis la conscience d’éveil, la conscience d’illumination et enfin l’inexprimable état divin. Trois règnes avant l’homme, trois règnes au dessus de l’homme. Au milieu, l’homme, seul sur terre doté d’une conscience et sachant que la conscience existe. Au milieu, l’homme, tel une croix qui associe l’horizontal solidaire, unificateur au vertical ascendant, éveillant. L’homme, fait de milliards de particules venues de tous les règnes sous jacents depuis la création, l’homme connecté donc, comme disent les physiciens, à tout ce qui existe sur terre, l’homme nanti de toutes les dimensions spirituelles à venir, l’homme enfin qui a su fouiller la matière jusqu’à son expression immatérielle et qui saura entrer, le moment venu, dans le royaume de l’éveil. En somme, l’homme qui est aussi homme scientifique et qui s’en va aujourd’hui à la rencontre de l’homme mystique. Et donc aussi à la rencontre de son âme ? Or, justement qu’en est-il du monde de l’âme ? Un mot là dessus.

Beaucoup de grands mystiques ont donné des interprétations superbes du monde de l’âme ressenti en état d’extase ou d’illumination puis en ont rendu compte par écrit et parfois oralement au cours de rares conférences. Au début du siècle dernier, les quelques interventions publiques du soufi Hazrat Inayat Khan, des propos volontairement accessibles à tout auditoire, reprises dans un livre au titre évocateur3, rendent compte du voyage de l’âme avant sa naissance sur terre puis de son voyage sur la terre et enfin de son retour après son expérience terrestre. L‘enseignement de ce grand éveillé consiste à dire que l’âme4 de l’homme est une essence de la manifestation divine, elle descend du ciel à travers d’abord la sphère angélique où elle se gonfle d’une lumière appelée Nour, un rayonnement qui la dotera d’un souffle et d’une nature créatrice, perceptible sur terre chez les très grands savants et les très grands initiés. Puis elle gagne la sphère des djinns ou sphère des esprits qui l’affectera d’un mental très pur, c’est à dire d’un mental vide de toute pensée et libre de toute imagination, un mental sain, clairvoyant, intuitif et apte à recevoir l’inspiration et la connaissance. Enfin, l’âme arrive dans le monde physique des hommes où elle hérite des qualités et des charges de sa lignée parentale, ancêtres compris et aussi, par son corps terrestre, de tous les attributs subtils des règnes sous jacents, minéral, végétal et animal. L’âme humaine sur terre, désormais captive dans un corps limité et dans un esprit étroit, sans être séparée des sphères élevées, se détourne alors de son appartenance divine et se prive de ses très hautes capacités célestielles. Commence pour elle, du moins chez l’homme mystique, un terrible mais très noble combat : se rappeler que le monde sacré est son vrai royaume, grandir à travers une conscience de plus en plus élevée puis, parvenue au point ultime de sa réalisation, s’immerger dans son espace divin. L’attraction vers la source originelle est donc fort différente selon les êtres, elle est puissante chez l’éveillé, présente chez le croyant et quasiment disparate chez l’homme matériel. A la mort, selon la tradition soufi, l’âme se détache du corps, retrouve la sphère des djinns, y délaisse ses vécus terrestres mais y partage ses mérites avec les âmes en marche vers la terre, puis elle retrouve la sphère angélique, y dépose tout ce qui appartient à la sphère des djinns, avance et s’allège de toute impureté pour enfin atteindre son ultime destination. Ainsi court l’âme humaine, de cycles en cycles en de perpétuels allers/retours. Pourquoi demande Hazrat Inayat Khan ces multiples exils pour revenir chaque fois à la source ? Pourquoi des voyages renouvelés, pourquoi pas un seul et puis d’abord qui voyage au juste ? Toujours en termes très simples mais au contenu éminemment subtil, ce sage soufi explique par paraboles, que Dieu et l’homme sont un dans ce voyage comme les deux extrémités d’une même ligne, que le but des voyages qui sont, en fait, un seul voyage est d’éprouver l’âme, de lui permettre de faire des expériences, notamment celle du changement qui est appelé mort, de réaliser qu’elle s’identifiait à des illusions pendant ses parcours, qu’elle était tapie à l’ombre d’elle même jusqu’à ce qu’elle réalise enfin ceci : «Ce que je pensais être moi, n’était pas moi mais mon expérience. Je suis tout ce qui existe et c’est moi qui suis, si quelqu’un doit être. C’est moi qui suis la source, le voyageur et le but de toute cette existence.»5

Plus près de la civilisation occidentale mais en tous points proche des traditions ésotériques, l’enseignement de Pythagore. Cet immense connaissant, instruit pendant 26 ans, lors de son séjour en Haute Egypte dans les temples des grands prêtres, n’a pas laissé de traces écrites mais son enseignement sur l’âme est rapporté en une version éblouissante dans le livre6 sur les grands initiés d’Edouard Schuré. J’y puise quelques notes.

Schuré écrit que pour Pythagore, l’âme du monde est un fluide cosmique impondérable, un principe originaire inhérent à toute chose de la création depuis l’origine, un élément cinquième invisible à caractère universel uni aux quatre éléments dont est formée la matière, un double éthéré immortel du corps et de l’esprit. C’est un principe mystique, ni matière ni esprit disposé en miroir dans la matière et dans l’esprit, qui rappelle, à chaque chose créée, son appartenance divine et appelle à son ascension dans l’espace divin après purification et illumination au cours des cycles d’existence. Ainsi en est-il de l’homme et de la doctrine de la vie ascensionnelle de son âme, ainsi en est-il de l’histoire céleste de Psyché, nous explique Pythagore sous la plume de Schuré : « Qu’est-ce que l’âme humaine ? Une parcelle de la grande âme du monde, une étincelle de l’esprit divin, une monade immortelle. Mais si son possible avenir s’ouvre dans les splendeurs insondables de la conscience divine, sa mystérieuse éclosion remonte aux origines de la matière organisée. Pour devenir ce qu’elle est dans l’humanité actuelle, il a fallu qu’elle traversât tous les règnes de la nature, toute l’échelle des êtres en se développant graduellement par une série d’innombrables existences. L’esprit qui travaille les mondes et condense la matière cosmique en masses énormes, se manifeste avec une intensité diverse et une concentration toujours plus grande dans les règnes successifs de la nature. Force aveugle et indistincte dans le minéral, individualisée dans la plante, polarisée dans la sensibilité et l’instinct des animaux, elle tend vers la monade consciente dans cette lente élaboration ; et la monade élémentaire est visible dans l’animal le plus inférieur. L’élément animique et spirituel existe donc dans tous les règnes, quoique seulement à l’état de quantité infinitésimale dans les règnes inférieurs. » L’homme, couronnement des règnes sous jacents, est doté, lui, d’une âme qui vient du ciel et qui y retourne après la mort nous explique t-on. Comment alors cohabite-il avec cette âme, comment la ressent-il au cours de sa vie terrestre ? Tout homme sait le lien indissoluble qui existe entre son corps et son esprit, entre sa substance physique et sa substance spirituelle mais il sait pas que là se tient son âme. Selon toutes les traditions ésotériques, nous l’avons noté tout à l’heure chez Hazrat Inayat Khan, l’âme est bien là, à la fois dans le corps et dans l’esprit, prisonnière de l’état d’être de son hôte. Il est dit qu’elle s’y trouve bien sûr à l’étroit, qu’elle incite l’homme imperceptiblement à grandir et qu’elle se développe à mesure que son esprit en l’homme et saconscience en l’homme s’affranchissent, grandissent et s’épurent de toutes actions néfastes. L’âme est ainsi la mémoire de notre futur possible et de notre filiation divine. Il est dit qu’à l’approche de la mort, l’âme revoit en tableaux fulgurants les actes de sa vie terrestre, que pure, elle s’élève vers la grande lumière divine mais que, blâmable et lourde de délits, elle erre dans un entre-deux mondes appelé Horeb par Moïse ou purgatoire dans le christianisme. Il est dit que la vie céleste d’une âme accomplie peut se prolonger indéfiniment dans son espace divin et éviter le retour à la vie terrestre mais que, défaillante et imparfaite, elle doit se réincarner, subir de nouvelles épreuves terrestres et souffrir à nouveau en descendant encore dans le monde des humains : «Une force invincible l’attire de nouveau vers les luttes et vers les souffrances de la terre. Ce désir est mêlé d’appréhensions terribles et d’une immense douleur de quitter la vie divine. Mais le temps est venu, la loi doit s’accomplir. La lourdeur augmente, un obscurcissement s’est fait en elle même. Elle ne voit plus ses compagnons lumineux qu’à travers un voile et ce voile toujours plus épais lui fait pressentir la séparation imminente. Elle entend leurs tristes adieux ; les larmes des bienheureux aimés la pénètrent comme une rosée céleste qui laissera dans son cœur la soif ardente d’un bonheur inconnu. Alors –avec des serments solennels- elle promet de se souvenir… de se souvenir de la lumière dans le monde des ténèbres, de la vérité dans le monde du mensonge, de l’amour dans le monde de la haine. Le revoir, la couronne immortelle ne sont qu’à ce prix! Elle se réveille dans une atmosphère épaisse. Astre éthéré, âmes diaphanes, océans de lumière, tout a disparu. La revoilà sur la terre, dans le gouffre de la naissance et de la mort. Cependant elle n’a pas encore perdu le souvenir céleste et le guide ailé encore visible à ses yeux lui désigne la femme qui sera sa mère. Celle-ci porte en elle le germe d’un enfant. Mais ce germe ne vivra que si l’esprit vient l’animer. Alors s’accomplit pendant neuf mois le mystère le plus impénétrable de la vie terrestre, celui de l’incarnation et de la maternité. A mesure que l’âme se plonge dans cet antre chaud qui bruit et qui fourmille, à mesure qu’elle se sent prise dans les méandres des viscères aux mille replis, la conscience de sa vie divine s’efface et s’éteint. Car entre elle et la lumière d’en haut s’interposent les ondes de sang, les tissus de la chair qui l’étreignent et la remplissent de ténèbres. Déjà cette lumière lointaine n’est plus qu’une lueur mourante. Enfin, une douleur horrible la comprime, la serre dans un étau ; une convulsion sanglante l’arrache à l’âme maternelle et la cloue dans un corps palpitant. L’enfant est né, misérable effigie terrestre, et il en crie d’épouvante. Mais le souvenir est rentré dans les profondeurs occultes de l’Inconscient. Il ne vivra que par la Science ou par la Douleur, par l’Amour ou par la Mort.»7 Et ainsi de suite, soulevé par la très belle âme de Schuré, le texte de cet auteur exceptionnel nous transporte encore et encore au cœur de la connaissance révélée.

L’âme humaine accomplit ainsi un nombre incalculable de cycles pour se purifier et se fondre dans l’âme du monde divin. D’une part, elle doit favoriser son arrachement hors de la prison des affects du corps et de l’esprit, d’autre part, se souvenir de son appartenance divine. Voilà, sommairement résumé, son parcours obligé selon les Soufis, selon Pythagore et selon les traditions. Certes, mais que vient faire l’homéopathie dans ce texte? Ceci : tenter de répondre à deux choses, distinguer, s’il y a lieu, l’âme de l’instance souveraine hors temps et hors espace à l’origine des symptômes subtils dans le corps et dans l’esprit au cours des maladies ; noter, s’il y a lieu, le miroir et le souvenir de l’âme dans certains états intérieurs de patients bien singuliers.

Pour la première réponse, je serai bref faute d’arguments et de compétence. Je souligne seulement que si l’âme humaine est bien présente en chacun, si elle est une étincelle de l’âme divine, c’est qu’elle est partout à la fois et donc, elle ne peut qu’inclure en elle même l’instance immanente à l’origine des signes subtils. Elle agit ainsi en tant que présence silencieuse dans tous les événements, affects et maladies comprises, ou, pour mieux dire, elle est le support invisible sur lequel prend appui tout sens, toute conscience et toute instance aussi subtile, immanente ou illuminante soit-elle. De surcroît, en tant que mémoire et miroir de la source primordiale, elle rappelle à chacun son appartenance célestielle et appelle au retour à la source primordiale. En résumé, si l’instance souveraine dans le corps et l’esprit est la voix de notre harmonie possible dans notre monde humain, l’âme, selon les maîtres, est notre véhicule immanent vers une félicité d’ordre divin.

Pour la deuxième réponse, je me servirai de cas rencontrés en consultations.

A la question de savoir si l’on peut percevoir un bout d’âme dans les symptômes rapportés par le malade, la réponse est que c’est parfois possible, notamment chez certaines personnes qui s’incarnent mal, qui restent entre deux mondes et qui en portent les signes. Ce sont des personnes plutôt douces, généreuses, bienveillantes, souvent détachées des choses matérielles, des personnes qui cherchent le calme, l’air, l’odeur de la terre, des personnes remarquablement intelligentes, toujours le mot pertinent, la remarque subtile, l’intuition juste. Des personnes évadées de l’ordinaire conventionnel et versées en partie dans le monde des maîtres. Nathalie est de ceux-là. Même lorsqu’elle décrit ses symptômes cliniques, ses propos, précis et évocateurs, portent spontanément l’auditeur vers l’autre rive. Un jour, elle consulte parce que, depuis plusieurs semaines, elle boit inconsidérément le soir et la nuit, des bouteilles entières avec transpiration et réveils nocturnes. La suspicion de diabète insipide, maladie du rein avec polydipsie a été écartée par les examens complémentaires. Reste ceci selon elle : elle pense qu’à 48 ans, ce sont là des signes d’une pré-ménopause très personnelle dont il faut trouver la cause. Bien, gardons en tête cette intuition et cherchons.

L’on sait, par superposition des moments anniversaires, que la période de pré-ménopause ramène en surface ce qui s’est passé, pendant la puberté, à la période des premières règles, ce sont là les marques du début et de la fin du cycle menstruel étalé sur les décennies fertiles. Que s’est-il donc passé à 12-13 ans pour Nathalie, y aurait-il eu, à cet âge, un semblable excès de soif ? Pas du tout. Néanmoins, il y a ceci : lorsqu’elle a vu apparaître ses premières règles, à l’âge de 12 ans, Nathalie a été anéantie, elle s’est sentie très malheureuse, très triste, son corps la trahissait (c’est exactement le mot qu’elle a employé), lui confirmait son appartenance au monde féminin, elle qui, jusque là, se plaisait à se concevoir comme une personne sans sexe, sans identification précise, sans morphologie différenciée, c’était un sentiment profond et incompréhensible : elle aimait à se sentir asexuée. Cette assertion me fait déjà envisager que le désir de boire inconsidérément en période de pré-ménopause est comme une forte envie de se laver de l’intérieur, d’effacer une souillure ancienne afin de retrouver la pureté enfantine de la préadolescence. Nathalie accepte cette piste possible et cela nous amène à explorer, toujours par rapprochement des semblables, une autre période, intra-utérine, pendant laquelle le fœtus est physiquement indifférencié, sans sexe apparent. Rappelons que si le sexe génétique est déterminé à la fécondation par la nature des chromosomes sexuels, le sexe gonadique, avec testicule ou ovaire, n’est déterminé qu’au cours de la vie fœtale seulement vers 3 mois. Le stade d’indifférenciation dure ainsi 3 mois, période pendant laquelle, les organes génitaux ne sont pas encore extériorisés. Ainsi, si Nathalie, à 12 ans, aime à être dans un état d’indifférenciation, si elle a du mal à s’en départir, c’est qu’un événement singulier a eu lieu pendant sa vie intra-utérine au cours des premiers mois et qu’elle a eu du mal à s’en départir. Je lui explique le lien analogique entre ces moments de vie et lui donne la parole : «En effet, les circonstances de ma conception et le début de ma vie fœtale sont en droite ligne avec ce que vous rapportez. Je résume, mon père avait 27 ans lorsqu’il a connu ma mère dont il est tombé follement amoureux, elle avait à peine 16 ans, elle était très belle. Mon père voulait absolument l’épouser mais il a dû attendre qu’elle soit majeure. Lorsqu’elle est parvenue en âge de se marier, ma mère était beaucoup moins motivée, elle avait trouvé un emploi au Canada, elle voulait gagner ce pays de rêve et y travailler. Malheureusement, elle est tombée enceinte et a été obligée de se marier. En ce temps là, les avortements étaient interdits. Elle était enceinte de 2 mois et demi, le jour du mariage. J’avais 14 ans quand elle m’a raconté cela, elle était en larmes, toute sa vie s’est effondrée ce jour là, je pense que si elle avait pu m’éviter, je ne serais pas de ce monde à l’heure actuelle.»

A présent tout s’éclaire et tout concorde sous un sens éminemment concordant à travers des périodes conformes : la mère et Nathalie ont vécu une frustration commune, elles ont été victimes qu’une trahison semblable venue du corps. Et cela les a obligé à avoir une vie non choisie, subie, contrainte. Avec cependant, en écho, le rappel constant d’une vie ailleurs espérée. La mère espérait aller vers d’autres rives tant que son corps était en attente, net de toute grossesse, non encore assujetti, Nathalie espérait préserver son autre rive tant que son corps restait net de toute menstruation, en pause, non encore différencié. Mais je le répète, chacune, tout en s’incarnant dans un parcours désigné, gardait en elle, l’écho d’un projet impossible et tant désiré. Chez Nathalie, dans sa mémoire intra-utérine, l’empreinte d’une incarnation non voulue mais confirmée a pu se marquer avec une forte envie de n’être pas, de ne pas naître, ou alors de s’incarner en partie seulement, de laisser, flottante, une autre part d’elle même.

D’où, plus tard cette propension à vivre entre deux mondes, à percevoir un état deuxième. D’où plus tard aussi, sa très grande soif de retrouver, par un lavage intérieur, au plus profond d’elle même et donc au plus profond de la nuit, un état indifférencié, un état de grâce, un état de pureté, un état ni mâle, ni femelle, un état quasi pré-adamique d’avant l’incarnation. Ainsi va l’âme de Nathalie, suspendue entre deux mondes avec le souvenir quelque peu masqué d’un autre ailleurs possible.

J’ai prescrit Luesinum pour permettre à la dame de continuer de se laver au plan subtil, lui précisant, nous l’avons vu, que toute incarnation, aussi parfaite soit-elle, est le résultat d’une corruption antérieure. Après quelques semaines de traitement, la dame me dit, au téléphone, être très améliorée et je pensais que c’était bien Luesinum qui lui avait redonné des nuits sans réveil et sans soif. Plus tard, au cabinet, la dame me précise que tous les symptômes avaient complètement disparus le lendemain de sa demande de mutation. Elle avait hésité des mois avant de se décider à changer de poste et, d’un coup, elle avait écrit la lettre. Finalement, c’est une indétermination avec son cortège de symptômes, qui s’est effacée avec sa décision (et peut être aussi un peu Luesinum) en rapport avec une indétermination inscrite avec sa substance vitale.

A l’inverse de ce qui précède, il y a des incarnations bruyantes et pesantes qui emprisonnent fermement l’âme. Sandra, 21 ans, vient, c’est une première fois, à la consultation avec sa mère. Arrivées avec 25 minutes de retard, je les invite néanmoins à m’accompagner dans mon bureau, Sandra, se déplace rivée sur son portable, elle s’assied, daigne enfin lever les yeux sur moi et se prend alors d’un fou rire aussi inexplicable qu’agaçant. Je reste de glace, je la regarde silencieux pendant que sa mère tente de la ramener à plus de retenue. Puis j’interviens fermement en l’invitant à plus de respect ou à quitter immédiatement mon cabinet. Sandra se calme aussitôt. J’indique que je n’accepterai plus de retard, de portable, de fou rire, je lui rappelle qu’une personne sans gène et impolie ne peut que repousser la sympathie des autres, aussi bienveillants soient-ils puis je demande le motif de sa consultation. Justement, elle vient parce qu’elle a un comportement outrageant, surtout des colères incontrôlées m’explique la mère, elle hurle tout le temps et pour rien, elle s’en prend, en particulier, à son copain au point que, n’en pouvant plus, il est parti il y a un mois après 3 ans de vie commune. Sandra dit que c’est plus fort qu’elle, que ses colères sont soudaines, elle dit qu’elle hurle pour des bagatelles, souvent très fort et durablement, par exemple lorsque un souvenir pénible lui revient en mémoire, elle se met à faire des reproches, puis à crier, son copain s’y met alors, il ne sait pas la calmer, elle ne sait pas s’arrêter et c’est parti pour des injures violentes, parfois des coups. La maman intervient : «c’est incompréhensible, c’était une enfant gentille, douce, bonne élève, toujours souriante et aimable. Tout a basculé vers 13 ans quand elle a eu ses premières règles, elle est devenue hostile à tout et à tous, toujours à se montrer rebelle, opposante et par dessus tout, colérique. Cela s’est poursuivi depuis lors. Dieu merci, elle a pu terminer ses études, elle travaille dans une maison d’édition, gagne bien sa vie mais elle est devenue si insupportable qu’elle risque, à tout moment, d’être licenciée pour insolence». L’interrogatoire m’apprend que Sandra a un grand frère, agréable et très courtois, que son père, une vraie pâte, adore ses enfants, surtout Sandra à qui il cède tout depuis qu’elle est toute petite. A sa décharge, le père, avant sa retraite, travaillait loin du domicile et donc se montrait fort conciliant et fort permissif avec ses enfants lorsqu’il revenait en fin de semaine à la maison.

Au total, il s’agit d’un cas banal et bien connu des psychologues : une fille, ultra gâtée par son père, cherche les limites à ses conduites à travers des coups de butoirs désastreux pour elle et pour son entourage. Ce qui est qui est moins banal ici, c’est que Sandra a commencé à exploser de colère au moment des premières règles. Pourquoi à ce moment précis? A mon sens, comme pour Nathalie, parce qu’il s’agit d’un moment propice qui favorise l’extériorisation de caractéristiques personnelles, par exemple une aptitude, un doute, une insatisfaction, parfois le retour anniversaire d’un ancien affect de l’enfance, bien d’autres particularités ou souffrances enfouies. Ainsi, lorsque Sandra voit ses premières règles et que s’affirment ses caractères sexuels secondaires, elle pousse bruyamment dehors tout ce qui, chez elle, constitue une contradiction et une impossibilité : comme elle s’est identifiée à l’image de ce père adoré, à un être masculin, elle ne peut plus se glisser dans ce corps de femme qui s’affirme. Car, si jusqu’à 13 ans, dans un corps impubère, il lui était aisé d’être comme ce père adoré, s’il lui était aisé de lui ressembler intrinsèquement, psychiquement, physiquement, d’être gentille, douce, aimante, les choses deviennent plus âpres après 13 ans, dans un corps féminin, sexuellement avéré. Alors, on comprend que Sandra hurle et se débatte, qu’elle crie sa contradiction avec véhémence, on comprend que ses formes manifestement féminines ne peuvent plus se fondre dans un auto conditionnement mâle, on comprend ses cris à la moindre contradiction supplémentaire, surtout avec son partenaire homme, on comprend la recherche de limites, elle, qui ne sait plus où se situe la frontière, au moins psychologique, des deux états. On comprend, en exagérant quelque peu, qu’en fait, elle incarne deux états en un, qu’elle vit une sorte de sur-incarnation et que là se tient l’ultime contradiction qui la met hors d’elle. Une âme "trop"corporifiée, "trop" densifiée, "doublement incarnée", en somme, une âme qui devra donc déployer très loin sa mémoire pour se souvenir de ses promesses célestielles.

J’ai prescrit Bryonia, le remède des colères, des mises hors de soi, ainsi que Tuberculinum, son remède de fond, dont le type sensible est celui d'une personne gentille, aimable, douce, comme est justement au fond d'elle même l’âme de Sandra.

Est-ce là les seuls renseignements que l’on peut obtenir sur l’âme à travers les cas rapportés? Oui, ce sont là les seuls indices perceptibles et c’est pourquoi il est inutile de multiplier les observations, néanmoins ce sont là des indices instructifs. Car, chaque cas recèle une indication réelle sur l’état de l’âme de l’individu. Nous avons noté une âme troublée et flottante chez Nathalie, une âme lourde, remodelée chez Sandra. Cet état particularisé de l’âme en chacun, exprime la distance qui sépare cette âme de sa destination finale. Ou encore, pour mieux dire, l’état particularisé de l’âme en chacun désigne l’état des impuretés, en soi, à effacer pour atteindre la suprême pureté. Ainsi, derrière un état d’âme, il y a, à la fois, toutes les altérations subies depuis l’origine et toute la pureté à accomplir jusqu’à l’ultime délivrance. L’âme est ainsi exactement comme en attestent les maîtres, un état de soi et le miroir du Soi.

                                                 Août 2026


1 Homéopathie et Physique Quantique – Editions Medicis, 2014

SCHWALLER de LUBICZ : Le Roi de la Théocratie Pharaonique – Editions Flammarion, page 217-218

3 HAZAT INAYAT KHAN : Le Grand Cycle de l’Ame – Editions Le Souffle d’Or.

4 Il y a beaucoup de textes sur l’âme chez les soufis, par exemple le soufi Mollâ Sandrâ Shîrâzî parle de quatre sorte d’âmes : « il y a l’âme végétative qui fait croître, il y l’âme vitale qui a la sensibilité, il y a l’âme pensante, indépendante de la matière, il y a l’âme divine intégrale. Chacune de ces âmes a cinq puissances et deux propriétés…. » (Le Livre des Pénétrations Métaphysiques, page 155). Le soufi Farîdoddîn Âttâr voit une seule âme partout présente et s’exclame : « Toute chose, manifeste ou cachée, est entièrement épiphanie des lumières de l’âme. Partout, je vois les rayons de cette source. Par l’Esprit Sain, un rayon fut rendu manifeste qui mit le monde et l’âme en effervescence. C’était un rayon infini, pour l’éternité sans terme et sans limite. Tout ce qui est, a été et sera reçoit son nom. Il est juste d’appeler ce rayon Âme… » (Le Livre de l’Epreuve, page 332). Certains alchimistes soufis, tel Jabir Ibn Hayyan, pensaient pouvoir séparer l’âme de la matière comme nous le rapporte Henry Corbin : « …mesurer les Natures d’une chose (chaleur, froidure, humidité, sècheresse), c’est mesurer les quantités que l’Âme du monde s’en est appropriées, c’est à dire l’intensité du désir de l’Âme en descendant dans la matière… » (Histoire de la philosophie islamique - Henry Corbin, page 190). Et ainsi de suite, bien d’autres contributions soufis avec néanmoins, une constante : tous attestent que l’âme accomplit une descente sur terre puis un retour à elle même en indénombrables cycles jusqu’à l’ultime purification.  

5 Ibid., page 271

6 SCHURE Edouard : Les Grands Initiés – Editions Presses/Pocket.

7 Ibid., page 343

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